NFP, une victoire de la mobilisation populaire


France :

Nouveau Front Populaire, une victoire de la mobilisation populaire

par Christos Ionas, Athènes, le 30/6/2024

[Du magazine « 4 », nu 13, juillet 2024]

Plusieurs commentaires de la gauche radicale grecque nous donnent leur verdict estampillé »professeurs ès révolution» de l’accord intervenu en France entre les différents partis de la gauche, rejoints depuis peu par le NPA : il s’agirait d’un accord de réformistes signé en petit cabinet, pour mieux tromper les masses populaires, comme l’a fait Mitterrand en son temps, ou la »gauche plurielle» entre 1997 et 2002. Une telle interprétation est aussi fausse que celle venue du camp du »centre gauche», avec un Nikos Pappas appelant à un »Front populaire» en Grèce … qui consisterait en une alliance entre Syriza et Pasok. Heureusement, ce qui se passe en France est autrement plus riche et plus mobilisateur que ces deux versions d’une même erreur!

En effet, si l’accord a été vite signé entre les forces de gauche (PC, PS, écolos et France Insoumise), c’est certes parce que Macron, avec ses petits calculs de politicien se croyant génial, a dissous l’Assemblée Nationale après le tristement bon score du F Haine aux élections européennes, et qu’il a fallu réagir très vite puisque les élections législatives ont été fixées au 30 juin (second tour le 7 juillet), devant la menace très réelle que le F Haine obtienne la majorité et forme le prochain gouvernement! Mais la vraie raison est beaucoup plus intéressante pour toute la gauche sociale et politique. Tous ces derniers temps, la coalition de gauche élue en 2022 (Nupes) avait volé en éclats, entre ligne social réformiste et conduite autoritariste de la France Insoumise de Mélenchon. Le petit Napoléon III qu’est Macron pensait donc en avoir fini avec la gauche, vu l’état de leurs divisions.

Or, il a eu tout faux, et cela pour une raison qui ne peut que nous réjouir : le mouvement social a balayé les calculs de ce petit politicien défenseur comme Le Pen des ultra-riches! En effet, dès le dimanche soir du 9 juin, des manifs antifascistes ont eu lieu dans les grandes villes de France , et l’exigence était claire : c’était que les partis »officiels» de la gauche s’unissent face au danger fasciste, avec en prime un mot d’ordre très clair : »Ne nous trahissez pas!». C’est la base populaire qui a imposé aux partis de gauche de se réunir dès le lendemain et de se mettre d’accord sur l’idée d’une union proclamée 2 jours plus tard.

Mais cela n’est pas venu tout à fait spontanément, dans une situation politique plutôt désespérante : ce bel exemple de Front Unique est le résultat d’au moins 3 facteurs :

  • d’abord le fait que les jeunes des partis de la gauche réformiste ont refusé la division de leurs directions »aînées», et se rencontraient régulièrement pour avancer. Et le dimanche soir, des milliers de jeunes étaient dans la rue, pour exiger que la gauche prenne ses responsabilités face aux fascistes.
  • Second élément : le NPA, notamment par une campagne systématique sur les réseaux sociaux de notre camarade Olivier Besancenot, alertait depuis des mois sur ce danger et sur la nécessité d’un »toutes et tous ensemble» pour éviter de se retrouver avec Le Pen au pouvoir.
  • Le troisième élément, déterminant, est que si on a connu une défaite dans la mobilisation massive contre le projet »retraites» de Macron (2023), l’unité réalisée à cette occasion par les syndicats a été perçue de manière durable comme un levier indispensable pour mener le plus loin possible les luttes. Alors, que quelques sectes gauchistes (en réalité droitières) condamnent l’accord intervenu n’intéresse personne dans le camp social et politique de la gauche, qui a réussi une première victoire avec cet accord qui est une illustration pas seulement électorale du »Toutes et tous ensemble contre le danger fasciste».

Pour la suite, la victoire contre Le Pen et Macron n’est pas sûre à ce jour, mais dans tous les cas, ce Front unique, évidemment fragile du fait des conditions très rapides de sa constitution, sera extrêmement important pour les batailles à venir , quel que soit le résultat des élections!

Question de conclusion : un tel processus serait-il impossible en Grèce? Aucune certitude évidemment, mais à nous toutes et tous de faire en sorte que le poison mortel de la division et de l’autosatisfaction (une véritable honte de voir toute les forces de gauche et »centre gauche» , de Syriza à Antarsya, se réjouir de leurs résultats respectifs, quand le seul parti à progresser, c’est celui du fasciste Velopoulos…) soit au plus vite contré en se basant sur une expérience de Front unique évidente, qui ne demande qu’à être répétée dans d’autres secteurs pour construire l’alternative de gauche indispensable face à une droite de plus en plus d’extrême-droite.

L’expérience est récente : c’est tout simplement la magnifique mobilisation contre le projet de facs privées. Seuls des experts en décodages politiciens pouvaient deviner si tel ou tel cortège était sous influence KNE ou EAAK ou autre. Ce qui a fait la force de ce mouvement, c’est bien son unité dans l’action, et il est indispensable de s’appuyer sur ce mouvement massif et uni dans la mobilisation pour se poser la question de la construction d’une alternative de gauche, qu’elle s’appelle Front Populaire, Unité Radicale, ce qui compte est de forcer les diverses forces réformistes à prendre ensemble leurs responsabilités pour mettre fin au règne catastrophique de la droite.

En 1936 en France, le programme du Front Populaire était très modéré : ce qui a compté, c’est qu’après la victoire contre une droite fascisante, c’est la grève générale qui a imposé les 40 heures et les congés payés!

Christos Ionas

Athènes, le 30/6/2024

Du magazine « 4 », nu 13, juillet 2024

[Το ίδιο κείμενο στα ελληνικά]


https://tpt4.org/2024/07/07/9776_4-13-cs_fr/

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