La lutte pour le climat est une lutte de classe

Daniel Tanuro, 27-28/11/2021

COP-26: le sommet du greenwashing par les puissants du Nord

«Le malthusianisme des pays riches est un crime contre l’humanité»

Ιnterview pour le journal Prin

Comment apprécier les résultats de la COP26?

DT: Cette Conférence n’a pris aucune mesure qui permettrait d’arrêter la catastrophe. Ce n’est pas une surprise. On ne peut pas à la fois relancer un système fossile à 80% et passer aux renouvelables en dix ou vingt ans, tout en supprimant les émissions de CO2 à court terme, c’est impossible. Une décroissance est indispensable. Globalement, arrêter la catastrophe exige de produire moins, transporter moins, consommer moins. Cette décroissance doit évidemment se faire dans la justice sociale, en fonction des responsabilités différenciées. Sans cela, elle ne se fera pas! La justice sociale signifie que le 1% le plus riche doit diviser ses émissions par trente, tandis que les 50% les plus pauvres peuvent les multiplier par trois. Il n’y a rien à attendre du capitalisme, qui implique à la fois accumulation et croissance des inégalités. La lutte pour le climat est une lutte de classe. Malheureusement, c’est la classe capitaliste qui marque des points. De son point de vue, la COP représente un pas en avant significatif vers une politique de « capitalisme vert » ultra-libéral, avec marchandisation généralisée de la Terre, sur le dos de la Nature et des peuples. Les pauvres paieront la note, surtout dans les pays pauvres. Ceux-ci risquent d’être enfoncés dans une terrible combinaison de crise sociale et écologique.

États et multinationales parlent beaucoup de la réponse au changement climatique, mais à la fin ce qui prévaut, c’est le greenwashing et des mécanismes qui fonctionnent à leur avantage, comme la «compensation carbone». Avez-vous des exemples à citer?

DT: Greta Thunberg a raison: cette COP était le sommet du Greenwashing par les puissants du Nord. Au lieu de décider les réductions d’émissions nécessaires immédiatement pour ne pas dépasser 1,5°C de réchauffement, États et grandes entreprises promettent la « neutralité carbone en 2050 ». Ils promettent tous qu’ils vont stocker le carbone sous terre, ou planter des arbres pour l’absorber. Ce sont des paroles en l’air. Les promesses de plantations d’arbres pour absorber du carbone sont si nombreuses qu’on peut se demander s’il y aura assez de superficie terrestre pour les réaliser toutes ! Shell promet le « zéro carbone en 2050 » mais investira 8 milliards de dollars/an d’ici 2030 dans le pétrole et le gaz. Elle promet de « compenser » ces émissions en plantant des arbres, mais cela nécessiterait trois fois la surface des Pays-Bas. Blackrock promet aussi le « zéro carbone net » en 2050 mais possède 85 milliards de dollars d’actifs dans le charbon et 75 milliards dans les sables bitumineux. Etc.

Est-ce que la scène internationale se divise entre les «verts», comme l’UE, Biden, UK, etc., d’un côté, et ceux qui veulent extraire du charbon, comme la Chine, l’Inde, et les pays en développement?

DT: Non, la scène internationale se divise entre des capitalistes qui sont en train de détruire la planète pour leur profit, d’une part, et des peuples victimes de cette folie productiviste, d’autre part. D’un côté les pays capitalistes « développés » restent les principaux responsables historiques du réchauffement. De l’autre la Chine et l’Inde offrent aux multinationales des bas salaires et des législations environnementales laxistes. Tous ces gouvernements sont à la fois rivaux et complices de la régression sociale et de la destruction écologique. Tous font du greenwashing, aucun n’a un plan climat cohérent avec l’objectif de 1,5°C maximum.

Des conférences sur le changement climatique ont lieu depuis 30 ans, mais étant donnée l’intensité de la concurrence des capitaux, on ne voit pas un frein à la crise climatique au sein du capitalisme. Comment vois-tu l’avenir?

DT: Le seul espoir, c’est le développement de luttes « écosociales », qui unissent les revendications sociales et les revendications écologiques. A l’avant-garde sont les peuples indigènes, les paysans, la jeunesse et les femmes. Il faut faire converger ces luttes et, à partir de cette force de frappe, développer une stratégie pour détacher les travailleurs et travailleuses du compromis productiviste. Construire un nouveau mode de production n’est pas possible sans les producteurs et les productrices. Il faut, par la lutte, ouvrir des brèches dans la collaboration des directions syndicales à la croissance capitaliste. Cela demande une perspective écosocialiste.

Dans tous les cas, pour affronter la question du climat, l’adaptation demande d’énormes ressources. Qui va payer?

DT: C’est une question décisive. Il y a non seulement l’adaptation mais aussi l’indemnisation pour les pertes et dommages, qui se montera rapidement à des milliers de milliards par an. Le principe de l’indemnisation est inscrit dans la Convention cadre sur le climat (1992) mais les pays riches refusent tout simplement de l’appliquer. C’est le malthusianisme mis en pratique, un crime contre l’humanité.

Sur la base de cette analyse, quelles revendications verrais-tu comme importantes pour le mouvement ouvrier, le mouvement pour l’environnement et pour la gauche anticapitaliste?

DT: Il faut élaborer un ensemble antisystémique de revendications cohérent, des plus immédiates aux plus radicales. Bloquer les projets inutiles et nuisibles, assurer la gratuité pour les besoins de base (éclairage, eau, chauffage, mobilité), développer l’agroécologie, combattre l’industrie de la viande, réduire très radicalement le temps de travail sans perte de salaire, reconvertir les travailleurs/euses des secteurs inutiles dans un secteur public étendu (soins aux personnes, réparation des écosystèmes, isolation des bâtiments, transports publics), prendre l’argent chez les riches, socialiser les secteurs de l’énergie et de la finance.

Daniel Tanuro

22/11/2021

Interview prise par Yannis Elafros, avec l’aide de Tassos Anastassiadis, et publié en grec dans le journal Prin, 27-28/11/2021

[Daniel Tanuro est belge, ingénieur agronome, militant marxiste et auteur écosocialiste. Il est l’auteur notamment de « Green Capitalism: Why it can’t work » (NHBS, 2011), «Le Moment Trump» (Demopolis, 2019), « Trop tard pour être pessimistes. Ecosocialisme et effondrement » (Textuel, 2020). Il a co-dirigé avec Michael Löwy « Luttes écologiques et sociales. Allier le vert et le rouge » (Textuel, 2021) et est l’auteur de nombreux articles sur la crise écologique, le changement climatique en particulier. Il est membre du Global Ecosocialist Network et de la Commission écologie de la IVe Internationale, dont il a co-rédigé plusieurs résolutions ces dernières années, sur la crise écologique.]

[Η συνέντευξη στα ελληνικά αναδημοσιευμένη στο site της ΤΠΤ]


https://tpt4.org/?p=6754

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