Des voies étroites pour le nouveau prolétariat grec

Par Tassos Anastassiadis*

[ Αναδημοσίευση από το Inprecor, 679-680, novembre-décembre 2020 ]

Le procès des dirigeants et cadres de Chryssi Avgi (Aube dorée) qui a duré cinq ans et demi, porté par une constante mobilisation du mouvement antifasciste, a débouché sur la caractérisation judiciaire du groupe comme « organisation criminelle » et sur la condamnation à des peines de prison allant jusqu’à 13 ans et 8 mois pour ce ramassis d’assassins fanatiques du nazisme. C’est évidemment une victoire éclatante contre le racisme et le fascisme, avec près de 30 000 manifestant·e·s devant le tribunal le jour du verdict (7 octobre 2020), qui devrait donner des idées dans d’autres pays. Néanmoins, la vigilance reste plus que jamais de mise, pour au moins deux raisons :

• Au moins 4 dirigeants ont pour l’instant échappé à la prison, dont l’eurodéputé Yannis Lagos (la levée de son immunité parlementaire a été demandée), réfugié à Bruxelles après avoir pu étrangement quitter la Grèce sans problème. En Grèce, trois autres responsables en chef des agressions criminelles – le sous-führer Christos Pappas et Sotiris Develekos, le dirigeant des jeunes nazis, ainsi qu’un autre responsable de la section d’assaut du Pirée – se sont échappés. Cette situation est de la responsabilité totale du ministre de « la protection du citoyen », Chryssochoïdis, ancien cadre du Pasok passé à la droite sur des positions extrémistes qu’il a concrétisées en prétendant interdire les manifestations du 17 novembre en hommage aux étudiant·e·s de l’École Polytechnique tués par la junte militaire en 1973. Son échec en cette circonstance (même si bien inférieurs en nombre à ceux des années passées, des rassemblements – interdits – se sont tenus dans tout le pays), s’est traduit dans la violence avec laquelle ils ont été réprimés par une police gangrenée par le poison fasciste et par ailleurs bien souvent ne portant pas de masque anti-virus…

• Comme on le voit avec le comportement des forces de répression, ce poison raciste et fasciste n’a pas été annihilé avec la condamnation de Chryssi Avgi. D’une part parce qu’il continue à être répandu par des cadres de la droite au pouvoir, dont certains provenant de l’extrême droite en ont gardé armes et bagages. D’autre part parce que sur fond de misère sociale durable et de renforcement de l’autoritarisme, ce poison, diffusé aussi par la plupart des médias dominants (et bénéficiant d’aides financières sélectives du gouvernement), s’est répandu dans une forte partie de la population : 20 % de la population soutiendrait un Chryssi Avgi avec les mêmes idées mais non violent (sondage Efimerida ton Syntakton, 8 octobre). Le combat continue pour le mouvement antiraciste et antifasciste !

Un bilan plus mesuré aide à comprendre l’actuelle situation politique :

• D’une part, l’appareil juridique a bien condamné l’« organisation criminelle », mais il ne l’a pas poursuivie avec son dispositif « antiterroriste », avec lequel il avait pourtant poursuivi et déjà condamné divers groupes qualifiés de « terroristes » mais de gauche. Or l’action d’Aube dorée a été du terrorisme de masse et correspondant au plus haut point à la définition du terrorisme !

• D’autre part, en voyant la configuration politique et sociale très large qui, au-delà du mouvement social, s’est « approprié » cette « condamnation juridique », on pourrait se demander si ce ne serait pas, en même temps, que le mouvement fasciste a épuisé son utilité de classe. Sous deux aspects : D’abord le personnel politique qui a repris en mains les affaires, depuis juillet 2019 (Nouvelle Démocratie), recycle sans état d’âme en son sein des éléments fascistes ou en tout cas d’extrême droite (ou droite populaire). Ensuite, cette reprise en mains des affaires par le personnel politique « respectable » exprime aussi un recul plus profond des rapports de classes.

Avalanche de lois ultralibérales…

En faisant un petit bilan du gouvernement Mitsotakis depuis un an et demi, on voit bien que son trait distinctif n’est pas seulement sa position de classe (attaque contre le travail et facilitation de tout ce qui est business ou capital) mais surtout le rythme et l’ampleur de ces attaques, sous forme de vraie avalanche de lois votées dans de nombreux domaines, avec une assurance, une confiance décomplexées… et sans réponse vraiment à la hauteur.

Pour mentionner seulement l’actualité, deux exemples :

• La loi votée récemment sur les dettes hypothécaires des ménages. Elle ne prévoit pas seulement la fin de la protection pour les maisons des gens endettés (adoptée pourtant avec l’aval de la troïka en 2010). C’est surtout la transformation du statut de « personnes » en celui de simples « commerçants » en ce qui concerne leurs dettes hypothécaires : comme cela, va être « résolu » le « problème » des ménages endettés, déclarés « en faillite », et de leurs maisons, qui vont enfin passer aux mains du capital bancaire ou des « fonds » spécialisés.

• Le nouveau projet de loi sur le travail qui va être voté bientôt, en plein confinement. Cette loi veut en finir avec la journée de travail de 8 heures pour instaurer la journée de 10 heures, en imposant pour la première fois au niveau légal le travail impayé, sous la forme d’heures supplémentaires gratuites à la discrétion du patron. Ajoutons l’aspect antisyndical et antigrèves, puisqu’il prévoit aussi la restauration du lock-out, l’interdiction des actions de soutien à la grève (piquets de grève), le fichage étatique et patronal des syndiqué·e·s, une batterie de dispositions pour supprimer les « contre-incitations » pour le travail des femmes, un nouveau pas dans le démantèlement de l’inspection du travail, etc.

Il ne faut pas s’imaginer que toute cette urgence est le seul produit de la crise, surtout de la pandémie ou même de la crise économique ! La crise a accéléré un processus d’attaques entamé juste après les élections de 2019 et ayant essentiellement comme mot d’ordre « laissons partout le marché trouver ses propres solutions ». Comme cette liberté du marché requiert nécessairement un autoritarisme de l’État central, le gouvernement a excellé sur les deux aspects de la flexibilisation et de l’autoritarisme. Exemples :

1. En automne 2019, ils ont fait voter une loi pour le développement économique, qui a supprimé de fait les « obstacles » écologiques dans les investissements (plus besoin d’expertise indépendante : il suffit que l’investisseur fasse sa propre appréciation environnementale). Surtout, le capitalisme « vert » se sent libre de détruire les écosystèmes partout pour planter ses éoliennes sur toutes les montagnes et les îles grecques…

2. Et comme il y a bien de nombreux mouvements locaux anti-éoliennes ou autres, ils ont aussi voté des lois extrêmement répressives (1), comme la loi qui « règle » les manifestations de rue (les interdisant plus ou moins de fait). En plus du cadre légal, dans l’action répressive, on a eu aussi des innovations répressives, comme l’entrée de la police dans les maisons sans mandat judiciaire, la création du corps de répression motorisé « Delta » (qui avait été supprimé) ou la surveillance de l’action syndicale (2).

3. Le statut d’« asile » des universités (interdiction pour la police d’entrer sans autorisation dans l’espace universitaire) a été supprimé. De plus, il y a deux semaines, le gouvernement a proposé aux présidents d’université de former aussi des corps privés (en plus des vigiles et gardiens !)…

4. On pourrait aussi mentionner d’autres domaines, de l’administration publique jusqu’à la culture. Par exemple, un nouveau cadre de fonctionnement des mairies (voté en été 2019) qui vide les conseils élus de tout droit de décision ou même de contrôle des exécutifs ! Désormais ce sont les maires et leurs adjoints nommés qui décident sans aucun contrôle. Pour la culture, on pourrait se référer à l’exemple du site archéologique découvert en plein centre de Salonique, qu’ils n’hésitent pas à transférer en entier (3) ou la « ministre de la culture » elle-même qui déclare sans honte que les intérimaires du spectacle n’ont pas besoin d’aide car pour la plupart ils travailleraient au noir…

accélérée durant la pandémie

La pandémie n’a pas stoppé ce cours (voir l’encadré 1). À l’inverse, elle a permis de renforcer et d’accélérer les réformes néolibérales, dans tous les domaines :

• Il y a, bien sûr, la privatisation : pour la gestion de la pandémie, aux hôpitaux publics la charge entière du Covid-19 et, pour les hôpitaux privés, pas de réquisition mais « achat des services » à un prix exorbitant, même doublé !

• Pareil pour les tests, qui sont devenus un secteur extrêmement profitable pour le privé.

• Ou encore, tout un programme et, cas peut-être unique au monde, en plein confinement : au mois de juin ils ont décidé d’augmenter les effectifs des classes scolaires (encadré 2) !

• Sans parler des couvre-feux et autres opérations policières…

Mais c’est surtout au niveau du travail que la pandémie a servi de prétexte pour accélérer le processus. Il y a un aspect quantitatif, quant au montant du salaire. Les mesures de « suspension » du contrat de travail ont été très partiellement compensées par des allocations étatiques. Pour le premier confinement du printemps, les calculs font état d’une baisse de l’ordre de 10 % des rémunérations (4). Il faut aussi ajouter les manques à gagner des travailleurs, au moins dans le secteur du tourisme et ceux qui en dépendent (cela en raison de la baisse d’activité cette année), mais on devra aussi prendre en compte les résultats du nouveau confinement.

Plus que la masse des salaires, ce qui a été l’enjeu de la pandémie, c’était et c’est l’approfondissement de toutes les mesures qui cassent les protections, les réglementations ou l’organisation collective du travail :

• Il y a eu d’abord la suspension de quelques réglementations du travail (déjà minimes après 10 ans d’attaques bourgeoises), ainsi que de l’action syndicale (avec l’interdiction de circuler, par exemple).

• Il y a eu l’introduction brutale du soi-disant « télétravail », sans prise en charge du matériel nécessaire, mais aussi avec souvent des contrôles sous caméra, sans limites définies d’horaires, etc.

• Il y a eu aussi l’explosion du travail flexible sous des formes et avec des horaires non déclarés, qui ne sont plus forcément illégaux. En effet, selon les nouvelles dispositions, la « déclaration » des horaires des employés reste obligatoire pour les entreprises, sauf que la déclaration peut se faire 2 mois après ! Ce qui veut dire qu’aucun contrôle réel ne peut s’exercer, même si une inspection du travail voulait ou pouvait contrôler !

• Ainsi que deux phénomènes, qui « absorbent » par ailleurs le chômage officiel (au-delà de l’inactivation – classique – de la force de travail dans un pays où seuls 10 % des chômeurs touchent une – toute petite – indemnité) : Primo, l’explosion de formes de travail très partiel : en effet, la seule catégorie qui voit augmenter ses effectifs, ce sont les travailleurs dont le salaire mensuel va de 0 à 200 euros ! C’est du travail partiel (le salaire minimum c’est 540 euros) et l’augmentation de sa part dans la population active est de 10 % à 12 % – toutes les autres catégories voient leur part baisser (5) ! Secundo, l’explosion des heures supplémentaires : scandaleuses en soi dans un pays où un tiers de la force de travail n’a pas d’emploi (officiellement un sur cinq), on estime que l’imposition des heures supplémentaires (payées ou impayées) concerne dès lors les trois quarts des salarié·es !

Ces deux dernières tendances ne concernent pas seulement la dernière année de la pandémie ou du nouveau gouvernement. Ce sont des tendances de toute la vague d’attaques bourgeoises contre le travail depuis 20 ans et surtout au cours des 10 années de la « crise » et de sa gestion très européenne ! La restructuration forcée a été très profonde : c’est ainsi que le travail couvert par une quelconque convention collective ne concerne plus que 10 % des travailleur·e·s en Grèce (6). Le reste n’a aucune protection collective, sous la forme de n’importe quelle convention de travail, au-delà des règles du droit commercial courant…

Luttes émergentes, recomposition difficile

Ce n’est pas seulement un moment difficile à passer, car pour toute une génération, pour les gens qui sont entrés sur le « marché de travail » depuis 20 ans, l’action collective organisée ou même le sentiment de faire partie d’une collectivité ont perdu une part de leur force au profit d’arrangements individuels avec les patrons (7) et d’une concurrence cannibale. D’autant plus que même les éléments sociaux de protection, comme la promesse d’une retraite ou d’assurance maladie ont été aussi sérieusement sapés (8).

Tout cela, c’est la base structurelle du nouveau prolétariat grec qui – s’ajoutant aux défaites du grand mouvement 2010-2012, et aussi à l’échec (ou à la « trahison ») de Syriza par la suite – forme la base objective de la conscience de classe.

C’est peut-être cela qui explique l’absence de centralité politique dans les luttes, réelles, qui émergent. Des équipes militantes, actives et radicales, apparaissent partout et dans plein de domaines : écologiques, solidaires, antiracistes et antifascistes, locales, contre la répression, pour les conditions de vie et de travail. Et une partie de ces équipes sont aussi formées dans une myriade d’organisations politiques, syndicales, associations, collectifs. Souvent même spontanément plus radicales que les générations précédentes : un exemple récent, c’est l’opposition (difficile !) à la montée du nationalisme face à la Turquie.

La difficulté de trouver les chemins d’une recomposition de tous ces milieux militants vers une nouvelle utopie réaliste face à la montée de la barbarie capitaliste est surdéterminée par cette réalité. Mais elle est aussi – et surtout – dépendante de la base objective des réactions que la violence du capital ne manquera pas de produire et produit déjà : la mobilisation le 12 novembre du personnel des hôpitaux pour réclamer un renforcement du secteur public de la santé face à la pandémie en est un exemple. De même l’exemple de l’occupation des écoles, il y a deux mois, pour réclamer des mesures de protection. Et au-delà de la pandémie, les luttes locales pour sauver les écosystèmes de la boulimie du capitalisme « vert », la lutte contre le changement climatique ou encore en solidarité avec les immigrés (encadré 3), ou d’autres luttes, et spécialement autour du travail, constituent quelques-uns seulement de ces chemins qui peuvent être élargis et converger, à condition d’être stratégiquement approfondis.

Tassos Anastassiadis

Athènes, le 12 novembre 2020


Encadré 1 :

Covid 19 : Une tragédie libérale

Au printemps, les médias à la solde du pouvoir (littéralement : des dizaines de millions d’euros ont été distribués aux médias mainstream avec des procédures d’« exception ») présentaient Mitsotakis comme un stratège anti-covid « exemplaire ». La réalité, c’est que toute la région Est de l’Europe (dont la Grèce) était peu frappée par le virus. Ceci n’a pourtant pas empêché le gouvernement grec d’exposer le pays dès cette époque à une surmortalité du virus, malgré sa circulation restreinte (9). C’est que la pandémie de mémorandums a vraiment modernisé (10) le pays en cassant totalement le système de santé : des dizaines d’hôpitaux fermés, des dizaines de milliers des médecins partis à l’étranger, un système de premiers soins désorganisé ou inexistant, des centres de santé « rentabilisés », etc. Le gouvernement libéral n’a pas hésité à renforcer le délabrement structurel : depuis les élections de l’été 2019, il a réduit d’encore 5 000 soignant·e·s (sur 100 000) les effectifs du personnel hospitalier, et la pandémie ne l’a pas fait changer de cap.

L’ouverture du tourisme, à partir du mois de juin, a été l’occasion de supprimer toutes les contraintes de sécurité sanitaire, malgré les mises en garde des soignant·e·s. Résultat : dès la fin de l’été, les contaminations ont commencé à monter en flèche. Mitsotakis, avec son « comité d’experts » (11), s’est mis à pointer « la responsabilité individuelle », rendant les jeunes en particulier responsables des contaminations, alors que les foyers de contamination sont toujours les espaces intérieurs clos où s’entasse la population, c’est-à-dire les centres de production, les transports, les églises, les prisons, les camps de réfugiés, etc.

La pandémie étant uniquement l’occasion de libéraliser et de privatiser encore plus, la gestion du Covid devient catastrophique pour la population. Au moment où nous écrivons, l’explosion des contaminations, surtout au nord de la Grèce où l’hiver a commencé, a déjà saturé le système, malgré un confinement depuis 2 semaines qui se veut « total » sauf là où on se contamine : centres de production, moyens de transport… Le personnel des hôpitaux est submergé avec environ 2 000 soignants hors d’état de travailler, en raison de maladies, de quarantaines, etc. Face à cette situation, le gouvernement s’est inventé une nouvelle forme de privatisation dans l’urgence : en faisant appel aux médecins de ville en leur promettant un salaire double de ce que touchent les hospitaliers, pour six mois, tout en gardant leurs consultations privées et exonérant ces salaires de tout impôt ! Sans parler de la suspension des opérations dans les hôpitaux publics en gardant les hôpitaux privés « covid free » et seuls endroits où on peut se faire traiter pour toutes les autres maladies.

Les efforts surhumains, dès le printemps, d’un personnel soignant, qualifié ici aussi de « héros », ne suffisent pas. Jusqu’à maintenant, les mobilisations pour plus de moyens sont restées largement sans effet, pendant que le privé se voit offrir toutes sortes de subventions, y compris en pleine pandémie. La colère du personnel hospitalier est à la mesure de leur épuisement : le 12 novembre a eu lieu une nouvelle journée de mobilisation nationale pour réclamer les moyens indispensables, avec un fort soutien populaire. Une grève nationale est prévue le 26 novembre, pour dénoncer l’imprévoyance criminelle du gouvernement et exiger la priorité absolue au système public de santé.


Encadré 2 :

Éducation : dehors, la ministre Keraméos!

Après un an et demi de gouvernement du fiston Mitsotakis, le monde de l’Éducation est en ébullition devant l’agressivité et l’incompétence de la ministre Niki Keraméos. Ses axes politiques sont en gros les suivants :

– cadeaux aux écoles privées, en donnant tous les droits aux propriétaires et en faisant relever les personnels du secteur commercial et non pas du droit éducatif !

– programmes éducatifs d’un ébouriffant passéisme d’un côté : volonté d’imposer des cours de « conscience religieuse », quasiment de catéchisme (orthodoxe, en profitant de la non-séparation de l’Église et de l’État), pendant qu’on supprime les sciences économiques et sociales ! Mais de l’autre, pseudo-modernisme avec l’enseignement à distance, en tentant de transformer les enseignant·e·s en simples exécutants ;

– et bien sûr, attaques croissantes contre l’enseignement public : des classes bourrées dans des salles peu conformes, l’augmentation du seuil des effectifs autorisés par classe et refus de recruter et titulariser des milliers d’enseignant·e·s.

Tout cela a très vite déclenché de fortes mobilisations (dès l’été 2019, à peine élue la droite revancharde de Mitsotakis), et ces dernières semaines, des centaines de collèges et lycées ont été occupés par les jeunes réclamant de pouvoir étudier dans des conditions sanitaires sûres, avec au maximum 15 élèves par classe. La réponse de la ministre a été l’envoi de la police mais aussi de parents cogneurs de droite et d’extrême droite.

Les contaminations augmentant dans tout le pays, la ministre vient de faire fermer les établissements et a relancé sa marotte, l’enseignement à distance (porté par un système informatique privé dont elle refuse de montrer le contrat signé), mais les premiers jours ont été une catastrophe, rien n’a fonctionné !

Cerise sur le gâteau, cette « nouvelle démocrate » a voulu imposer un vote électronique pour l’élection des représentants du personnel aux conseils professionnels. Les deux syndicats du primaire (DOE) et du secondaire (OLME, dirigé par un courant affilié à la droite au pouvoir) ont refusé et exigé le vote à l’urne. Devant le refus obstiné de Keraméos, les 2 syndicats ont retiré leurs listes et appelé au boycott, suivis par… 92,5 % des enseignants ! Devant un tel désaveu et un tel gâchis éducatif, la demande de démission de la ministre est aujourd’hui un objectif de plus en plus crédible, porté même par la droite syndicale d’OLME.

Mais le plus important est évidemment d’obtenir la création des postes et des salles nécessaires et, comme le demandent les élèves, les classes à 15 élèves.


Encadré 3 :

Terroriser les réfugié·e·s, avec la complicité hypocrite de l’UE

Au moins à deux occasions, la situation des réfugié·e·s en Grèce aura pu être largement connue cette année :

• aux mois de janvier et février, après l’afflux des réfugiée·e·s tentant de passer en Grèce par les frontières terrestres avec la Turquie, séparée par le fleuve Evros ;

• et en septembre, un incendie a ravagé le camp de Moria à Mytilène et a chassé sur les routes les 13 000 réfugié·e·s qui s’y trouvaient et qui, malgré leur refus de se retrouver de nouveau parqués comme des bêtes, ont été contraints d’aller dans un nouveau camp de même type, encore moins équipé.

Mais l’horreur de la vie de réfugié est quotidienne, même si l’urgence de fuir leurs pays de guerre ou/et de famine alimente un flot continuel d’arrivées sur cette frontière et sur d’autres frontières européennes (Italie, Espagne…).

La seule réponse du gouvernement et de son ministre des migrations, Notis Mitarakis, c’est de terroriser les candidat·e·s au passage en terrorisant les réfugié·e·s sur place, et cela de différentes façons. Un rapport du comité antitorture du Conseil de l’Europe, paru le 19 novembre, met l’accent sur les conditions épouvantables de détention des réfugié·es arrêtés à leur arrivée (parmi eux de nombreux enfants) et sur les refoulements illégaux de réfugié·es à leur arrivée ou même en pleine mer, avec des moyens sauvages (violences pour forcer à réembarquer, moteurs des canots confisqués avant qu’ils soient poussés vers les côtes turques). Le pouvoir ne peut plus nier les témoignages accablants et désormais très nombreux, alors il invente n’importe quoi comme ces 200 prétendus « djihadistes » repoussés des côtes de la Crète en octobre.

Bien sûr, il faut mentionner les « hot spots », camps d’« accueil » et de « tri » pour décider ou pas du statut de réfugié·e. Outre Moria, il en existe plusieurs, la plupart sur les îles, et partout leur situation est tragique, avec surpeuplement. Après l’incendie de Moria, le gouvernement a fait accélérer le placement des réfugié·e·s en règle dans des centres ou des appartements du continent… et dont il a expulsé les précédents réfugié·e·s, qui se sont retrouvés à la rue par centaines, bien souvent avec de jeunes enfants, le mouvement de solidarité exigeant leur relogement immédiat.

Et tout cela sur fond de racisme et d’impunité de milices locales, comme dans la région d’Evros où un nervi nazi de l’organisation criminelle Chryssi Avgi se vante publiquement d’avoir chassé 2 000 réfugié·e·s. Mais aussi sur fond de bonnes affaires, la gestion financière de tel centre de réfugiés (1,137 million d’euros !) pour le programme Estia a, par exemple, été confiée à une ONG sans expérience… mais liée à la Nouvelle Démocratie.

Même si les récentes lois grecques sur l’immigration (novembre 2019, mai 2020) contredisent le droit européen, il ne faut pas se faire d’illusions : comme le prouve la complicité de la force Frontex dans le refoulement illégal de réfugié·e·s, les critiques de l’Union européenne envers le traitement inhumain des réfugié·e·s par le pouvoir grec seront d’autant plus hypocrites que c’est bien elle qui fixe le cadre général de cette politique, et le nouveau Pacte sur la migration et l’asile renforce tous les axes de ce compromis « entre lâcheté et cynisme » (tribune dans le Monde le 13 octobre). Contre l’Europe forteresse, seule une mobilisation antiraciste européenne large et prolongée pourra éviter des milliers de nouvelles morts.


Encadré 4 :

Turquie & Grèce: Une fois encore au bord du gouffre guerrier

Inprecor, dans le même numéro, reprend (comme quatrième encadré), l’article du même auteur sur la situation en Méditerranée orientale, publié par dans le bimensuel suisse SolidaritéS n° 375 du 24 septembre 2020 (et déjà repris sur le site de TPT « 4 »): « Turquie & Grèce: Une fois encore au bord du gouffre guerrier».


Notes

* Tassos Anastassiadis, journaliste, est membre de la Tendance Programmatique IVe Internationale (TPT) au sein de la section grecque de la IVe Internationale. Cet article reprend largement son introduction faite lors d’un webinar, organisé le 12 novembre 2020 par la Gauche anticapitaliste belge sur la mobilisation populaire et la victoire antifasciste en Grèce après la condamnation d’Aube dorée.

1. Depuis la rédaction de cet article, le gouvernement a excellé sur ce terrain aussi : pour la première fois depuis 47 ans, pendant la dictature, il a suspendu sur tout le territoire, par décision du chef de la police, la liberté constitutionnelle de réunion. C’était en fait uniquement pour interdire les manifestations annuelles du 17 novembre, jour de la répression meurtrière de la révolte étudiante de 1973 contre la dictature des colonels et qui a conduit à sa chute. Le fait que la décision ne respecte même pas formellement la Constitution ne l’a pas gêné !

2. Exemple tout récent : de fait a été ressuscitée la tristement célèbre « section syndicale » de la police, qui contrôlait tout mouvement social après la guerre civile de 1949 et qui avait été supprimée après la chute de la dictature, en 1974 : début novembre, le syndicat des libraires a eu la surprise de recevoir des ordres de la police pour leur signifier que leur mobilisation contre le travail du dimanche était déclarée « illégale »! Quant à l’entrée arbitraire de la police dans des immeubles et des maisons, elle a été multipliée, avec bien sûr comme premier objectif la chasse aux réfugié·es, mais elle s’exerce aussi bien plus largement, comme l’a montré l’exemple célèbre du cinéaste Indare, qui a été battu dans sa propre maison, il y a un an, pour s’être opposé à l’arrestation illégale de son fils.

3. Au lieu de garder in situ un fabuleux site byzantin découvert lors de la construction d’une station de métro à Salonique, ils ont décidé de « décoller » les vestiges pour les « recoller » plus tard, et cela malgré les protestations unanimes de tous les spécialistes nationaux et internationaux de la période byzantine et plus largement une vraie mobilisation de la population de Salonique. On pourrait multiplier les exemples sur l’inqualifiable mépris de ce gouvernement pour la culture. Comme pour les droits individuels, ceux des migrants mais aussi ceux des nationaux.

4. Selon une étude de l’INE GSEE – institut de recherches de la CGT grecque, le salaire moyen au 2e trimestre 2020 a été de 802 euros, tandis qu’au même trimestre de 2019 il était de 885 euros. Pour le second confinement de l’automne, on ne sait pas encore, mais la situation va lourdement s’aggraver.

5. Voir l’étude de l’INE GSEE déjà citée.

6. Le pays européen qui suit, c’est la Roumanie avec 30 %. Voir Apostolos Kapsalis (INE GSEE), conférence du 19 avril 2020.

7. Il n’y a pas que la libération du patronat des contrôles administratifs ou des protections du travail qui rendent difficile tout refus des travailleurs. Les dispositifs instaurés par la troïka rendent aussi mutuellement incitatif l’« arrangement », surtout pour éviter impôts et contributions sociales. La conséquence en est l’explosion de la fraude patronale (cf. Kapsalis idem).

8. La baisse initiale brutale (autour de 50 %) des retraites par la troïka (2011 et 2012) avait déjà rendu la « promesse » de retraite future incertaine : les dispositifs précis qui ont transformé en système (par Syriza en 2016) cette « flexibilité » de la retraite future ont généralisé le sentiment des travailleurs qu’ils « ne vont jamais toucher de retraite ». D’autant plus que le gouvernement actuel s’est dit prêt à faire basculer tout le système vers les fonds privés (auquel cas, même les retraites actuelles seraient menacées).

9. Étant le pays européen avec la plus basse circulation du virus au printemps, la Grèce réussit en même temps à descendre de 28 places dans la classification européenne de sa mortalité (« case mortality rate »). Voir : Tassos Anastassiadis, « Covid-19 : De l’exemplarité du cas grec », elaliberta.gr 24/5/2020.

10. La modernisation inclut aussi la corruption mondialisée du grand capital, par exemple du Big Pharma : au mois de juin, la multinationale Novartis a consenti à payer plus de 350 millions de dollars aux États-Unis, notamment pour avoir distribué des pots-de-vin aux responsables politiques de la période de la troïka en Grèce, en vue d’assurer une tarification favorisant son médicament « Lucentis », la Grèce étant un des pays pivots pour sa tarification mondiale. En pandémie libérale, la procureure qui investiguait sur le dossier a été simplement limogée peu après !

11. Un comité qui a perdu toute crédibilité dans la population, du fait qu’il couvre chaque mesure gouvernementale, depuis la communion orthodoxe source de contamination jusqu’aux moyens de transport déclarés « non contaminants » alors qu’on y est entassés : Giorgos Galanis & Giorgos Baskozos « Le double échec », in Efsyn, 17 novembre 2020.


Αναδημοσίευση από το Inprecor

Inprecor, No 679-680, novembre-décembre 2020, p.21:

No 679-680, novembre-décembre 2020

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