Impérialisme, guerre et internationalisme

Patrick Le Moal

(Membre de la direction du Nouveau Parti Anticapitaliste)

 

Nous vivons une époque de basculement du monde de la même ampleur que celle que le 20ème siècle a connu avec le passage du rôle dominant de l’impérialisme britannique à celui des états unis.

Il est important de prendre la mesure de ce basculement considérable: l’occident, compris comme l’Europe et les états unis, qui a dominé le monde depuis le quinzième siècle, perd son hégémonie au profit de puissances émergentes ou de vieilles qui retrouvent une place centrale 4 ou 5 siècles après.

Aujourd’hui le cœur de la production de marchandises est en Asie, il n’est plus en occident.

L’éclatement capitaliste de l’URSS et la transformation capitaliste de la Chine ont permis à la mondialisation de prendre sa pleine dimension. L’ère géographique de la domination du capital s’est étendue sur la quasi totalité de la planète.

Mais cet envol libéral, néolibéral, n’a pas permis la stabilisation d’un mode de domination, il a en fait conduit à une situation chaotique.

Les bourgeoisies traditionnelles ont été dans un premier temps très conquérantes. Elles pensaient qu’en pénétrant les marchés des anciens pays du socialisme «réél», elles allaient les subordonner naturellement. Si les règles de la libre concurrence néolibérale se sont imposées, il n’y a pas eu subordination.

Les interventions militaires impérialistes en Afghanistan et en Irak en 2003 se sont enlisées, montrant les limites de la puissance des USA.

En Chine, une nouvelle bourgeoisie s’est constituée, par l’auto transformation de la bureaucratie en classe dominante, qui n’est pas subordonnée à l’impérialisme. La Chine est devenue une puissance capitaliste majeure, en passe de devenir, si ce n’est déjà le cas, la première puissance économique mondiale. Elle se pose dans la région, en Afrique, comme une puissance proto impérialiste.

La Russie capitaliste n’a pas la même taille. Bien que dépendante économiquement de l’exploitation des biens primaires (notamment le pétrole), elle est une puissance militaire et a acquis une force qui lui permet d’essayer de se hisser au rang d’un impérialisme faible en Europe de l’Est, en Ukraine et en Syrie.

S’élabore une hiérarchie plus complexe des impérialismes traditionnels qui voient se modifier leurs statuts.

Pour le moment, la construction d’un impérialisme européen intégré est un échec. Les impérialismes français et britanniques connaissent une réduction de leur importance. L’Allemagne est une grande puissance économique sans capacité militaire.

Des sous impérialismes régionaux comme le Brésil ou l’Afrique du Sud sont de plus en plus agressifs.

Les USA restent à ce jour la plus grande puissance impérialiste, avec des capacités majeures dans tous les domaines qui leur donnent les moyens d’agir sous des formes qu’ils ne permettent à personne d’autre. Ils contrôlent une bonne part des technologies les plus avancées, commandent une puissance militaire sans égale. Il gardent une fonction répressive mondiale. Mais ils perdent les guerres qu’ils engagent, n’ont plus les moyens d’intervenir dans toutes les zones de conflits, et n’ont plus les impérialismes secondaires capables de les épauler efficacement. Les Etats Unis sont dans une phase de déclin relatif qui limite leur pouvoir mondial.

La conséquence principale de cette situation est que la concurrence inter-impérialiste est ravivée d’autant que:

le temps des chasses gardées, des zones d’influence quasi exclusives est globalement terminé, sauf exceptions limitées;

la mondialisation capitaliste déstabilise au nom de la concurrence les modes particuliers de domination de la bourgeoisie issus d’histoires spécifiques (compromis historiques européens, populisme d’Amérique Latine, dirigisme en Asie, systèmes clientélistes divers …) parce que ces relations sont médiées avec le marché mondial et sont donc une entrave au libre déploiement du capital impérialiste. D’où, avec la destruction des droits sociaux, avec la modification des états en organismes juste bons à instaurer et organiser la règle «universelle» de mobilité du capital et de la concurrence, une déstabilisation des états, une crise de légitimité.

La raison fondamentale de l’instabilité mondiale est que les deux systèmes hiérarchiques mondiaux, la hiérarchie des états impérialistes plus ou moins forts et la hiérarchie des flux qui enserrent la planète ne coïncident pas, ne se superposent plus, cela alors que n’existe pas de grande puissance non capitaliste ou anticapitaliste.

l’hypothèse la plus probable n’est pas une troisième guerre mondiale sur le mode des deux premières car le conflit pour le partage du monde n’a plus la même forme territoriale.

Mais les facteurs de guerre sont profond et multiples, nouveaux conflits entre puissances diverses, concurrence exacerbée sur le marché mondial, problèmes d’accès aux ressources, décompositions de sociétés entières, montée de nouveaux fascismes,de nouvelles extrêmes droites réactionnaires et contre révolutionnaires, crise des institutions démocratiques, montée de régimes autoritaires, effets en chaîne du chaos climatique, avec les crises humanitaires dues aux déplacements de dizaines de millions de personnes. Les guerres sont là pour durer sous de multiples visages.

Pour notre action, nous devons garder comme boussole:

une rigoureuse indépendance de classe, contre les différents impérialismes quelle que soit leur force,

le combat contre les néofascismes, les mouvements réactionnaires identitaires, les divers militarismes,

le soutien des résistances populaires pour les droits démocratiques et la justice sociale.

Nous vivons en même temps, sous l’impact du néolibéralisme, de l’identification entre stalinisme et communisme, une crise historique du mouvement ouvrier, des mouvements d’émancipation, qui pèse sur la conscience socialiste, révolutionnaire.

Cela donne des marges de manœuvre à la bourgeoisie mondiale pour gérer la crise, en augmentant toujours la place des marchés financiers, en approfondissant les attaques contre les classas populaires.

Il y a toujours pour le capital une sortie de crise s’il n’y a pas de solutions ouvrières, populaires émancipatrices. Mais le coût social, écologique, humain des «solutions» capitalistes est de plus en plus terrible.

Le capitalisme triomphant, sans limites, accouche d’un monde dans lequel les souffrances inimaginables ou innommables s’accumulent, politiques néolibérales, convulsions économiques, effondrement des systèmes de protection sociale, décompositions sociales, guerres, chaos climatique, violences, épidémies, femmes réduites en esclavage, migrations forcées ….

A cette barbarie moderne doit répondre une solidarité aux victimes de ces crises, aux peuples en lutte pour les droits démocratiques et la justice sociale.

A nous de revivifier l’internationalisme sur tous les terrains de contestation de l’ordre capitaliste!

Patrick Le Moal

Athènes 16 novembre 2017

[Αναδημοσίευση από το elaliberta.gr]

Σχολιάστε

Εισάγετε τα παρακάτω στοιχεία ή επιλέξτε ένα εικονίδιο για να συνδεθείτε:

Λογότυπο WordPress.com

Σχολιάζετε χρησιμοποιώντας τον λογαριασμό WordPress.com. Αποσύνδεση /  Αλλαγή )

Google photo

Σχολιάζετε χρησιμοποιώντας τον λογαριασμό Google. Αποσύνδεση /  Αλλαγή )

Φωτογραφία Twitter

Σχολιάζετε χρησιμοποιώντας τον λογαριασμό Twitter. Αποσύνδεση /  Αλλαγή )

Φωτογραφία Facebook

Σχολιάζετε χρησιμοποιώντας τον λογαριασμό Facebook. Αποσύνδεση /  Αλλαγή )

Σύνδεση με %s